Banques de l’UEMOA: De Bâle I à Bâle III – Episode 1

Face aux dérives de la Finance Classique, notamment la crise des subprimes (2007-2008) puis la crise financière (faillite de Lehmann Brothers en septembre 2008, affaire Madoff marquant la fin d’un système d’investissements et une perte de confiance dans les produits dérivés), nous avons pu assister à une levée de boucliers contestant le manque de transparence, l’absence totale de régulation et d’éthique, la multitude de nouveaux produits financiers opaques et la transmission d’actifs toxiques caractérisant le secteur financier.

Un foisonnement d’articles, de travaux de recherche et de débats sur l’opposition entre l’économie réelle et la Finance a vu le jour et s’est trouvé propulsé au-devant de la scène internationale.

Suite à cela, de nouvelles formes de finance, en développement depuis un peu plus de 15 ans, telles que la finance islamique ou la microfinance ont pris de plus en plus d’importance. Par ailleurs, tout un arsenal de nouveaux textes règlementaires ont vu le jour pour contrecarrer les méfaits de l’absence de régulation et surtout l’absence de gouvernance et d’éthique du secteur financier. Par ce biais, les régulateurs internationaux ont tenté de mettre en place des garde-fous visant à protéger le système financier mondial d’une nouvelle crise. En effet, la dernière crise financière que nous avons connue est l’une des plus graves depuis celle de 1929 alliant une crise de la gouvernance et de la liquidité au sein du système bancaire mondial et notamment occidental.

C’est ainsi que les réformes de Bâle, notamment Bâle II et Bâle III ont pris tout leur sens. Afin de renforcer le contrôle et la supervision bancaire dans le monde, des normes prudentielles ont été mises en place depuis 1988 par le Comité de Bâle et la Banque pour les Règlements Internationaux. Les réformes de Bâle sont aujourd’hui au nombre de 3 et se résument ainsi qu’il suit :

  • Bâle I (1988) a requis la mise en place par les banques du ratio Cooke requérant ainsi que le ratio des fonds propres règlementaires par rapport à l’ensemble des engagements de crédit d’une institution financière soit supérieur à 8% ;
  • Bâle II (2007) a remplacé le ratio Cooke par le ratio McDonough en introduisant par la même occasion la notion de risque opérationnel dans le calcul du ratio ;
  • Enfin, Bâle III (2010) introduit la notion de qualité des fonds propres dans le calcul du ratio Mc Donough et de nouvelles règles à respecter concernant les normes de liquidité des banques.

La réforme dite de « Bâle III » vise principalement à renforcer le niveau et la qualité des fonds propres et à améliorer la capacité du secteur bancaire international à absorber les chocs résultant des tensions financières et économiques, quelle qu’en soit la source.

Cette réglementation, nouvelle, est en cours d’implémentation un peu partout dans le monde avec des niveaux d’avancement disparate en fonction des régions. Alors qu’elle est bien avancée en Amérique du Nord et en Europe, l’adoption se fait assez lentement en Afrique. Les Banques de l’UEMOA notamment, également concernées par cette réforme, n’appliquent pour le moment, que les normes de Bâle 1 et le ratio Cooke. Une évolution règlementaire est toutefois indispensable comme en atteste la dernière initiative lancée en date du 3 Juillet 2014 par la Banque Centrale de l’Afrique de l’Ouest de mettre en place la transition vers Bâle III en plusieurs phases sur une période de 2 ans :

  • Une phase préparatoire consistant à réviser l’actuel dispositif prudentiel de l’UEMOA sur la période allant de Novembre 2013 à Décembre 2014;
  • Une phase de transposition des normes de Bâle II et Bâle III à la zone UEMOA au courant de l’année 2015 ;
  • Une phase d’application effective du nouveau dispositif prudentiel qui entrera en vigueur au courant de l’année 2016.

La mise en place de ce nouveau dispositif s’accompagnera sans aucun doute de défis majeurs et de nombre de débats quant aux conditions de son application. En effet, la complexité des nouvelles normes et le degré de technologie et d’organisation qu’elles requièrent pourraient poser problème à nombre de banques de la place non outillées à cet effet, sans oublier l’impact qu’elles pourraient avoir sur la rentabilité de celles-ci.

Selon Frédéric Vaussy, Senior Manager Institutions Financières – Fonction Finance de Harwell management dans son article « Pilotage de la liquidité, les prochains enjeux », « La crise financière et les normes prudentielles bancaires Bâle III placent aujourd’hui la liquidité au cœur des préoccupations des banques. Ces évolutions combinées aux nouvelles règlementations en cours (gestion du risque de liquidité, renforcement des fonds propres avec Bâle III notamment…) impliqueront des changements en profondeur du modèle des banques universelles, tant en termes de capacité de distribution, de fonctionnement opérationnel que de portefeuille d’activités. Dans cet environnement bancaire en pleine mutation, le pilotage de la liquidité est désormais un enjeu majeur qui, compte tenu de sa complexité de mise en œuvre, nécessité la mobilisation d’importants moyens humains, techniques et financiers….    …Les enjeux induits par les ratios de liquidité de Bâle III sont à la fois techniques, avec la création d’indicateurs internes de pilotage, organisationnels en raison de la décentralisation de la gestion de trésorerie au niveau de chaque pays, et commerciaux, avec l’intégration de l’ensemble des coûts de la liquidité dans la tarification des produits  ».

Cette évolution vers les nouveaux standards internationaux n’est par contre pas simple à implémenter dans les pays africains bien qu’indispensable du fait de la perception sans cesse accrue des faiblesses associées à l’accord de Bâle I. La transition vers Bâle III ne reste pas sans conséquences liées entre autres à sa complexité et sa pédagogie. On peut redouter principalement :

  • Une hausse du capital règlementaire qui devrait donner lieu à une réduction du nombre de banques de la zone UEMOA ;
  • Une concurrence plus renforcée entre banques ;
  • Une augmentation significative des coûts liés au développement d’une filière interne de gestion des risques.

Plusieurs chantiers sont donc ici soulevés et cette règlementation ne sera pas simple à mettre en place, en particulier au Sénégal, ou le niveau de compétitivité des banques est très élevé avec la présence de 24 banques sur un très petit marché (13 millions de sénégalais dont à peine 7% de personnes bancarisées). Quelle sera la réaction des institutions bancaires de la place face à cela ? Mais d’abord, à quoi devront-elles se confronter pour se mettre au niveau des standards internationaux ?

Ceci demande une étude approfondie. La Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest a d’ailleurs entamé le processus de transition à Bâle II et Bâle III par le biais d’une enquête lancée sur le mois de juillet 2014 permettant d’évaluer le degré de préparation des banques de la zone UEMOA à ce passage et d’identifier les mesures clés qui seront implémentées et adaptées de manière progressive.

Cela s’avère par ailleurs indispensable au vu des derniers scandales ayant éclaté au sein des groupes bancaires sous régionaux et mettant en lumière les problèmes de gouvernance interne de ces groupes. Une évolution des pratiques de gouvernance et de gestion des risques bancaires est nécessaire malgré les problèmes opérationnels qui se dressent pour leur mise en œuvre.

Dans le cadre de cette série de posts sur les reformes de Bâle, nous étudierons les différentes normes à respecter par les Banques de l’UEMOA et nous nous ferons une opinion de comment elles pourraient y arriver.

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Ndeye Marieme Fall

Voir une Afrique Prospère peuplée d'AfroChampions à Impact qui réécrivent le Narratif du Continent grâce à leur Success Stories et à une belle qualité de vie, telle est la vision de Ndèye Marième Fall, Entrepreneure Passionnée et Engagée pour le Développement des Jeunes et du Continent. Née à Dakar de parents médecins et amoureux du travail bien fait, Marième a grandi entre l’Afrique et l’Europe et s’est bâtie une forte expérience multiculturelle toujours orientée vers l’Excellence. Après un parcours International riche & diverse chez les Big 5 de l’Audit et du Conseil au Sénégal & au Luxembourg (Ernst & Young, BDO, KPMG) & dans le secteur bancaire chez Citibank, elle crée le cabinet G&G en 2014. Né de la frustration de ne pouvoir accompagner les chefs d’entreprises à identifier des solutions pour résoudre les problématiques stratégiques, organisationnelles et financières auxquelles ils font face, G&G ou Goungué Ak Guindi s’est donné comme mission de guider vers le succès et avec Empathie les Entreprises désireuses d’avoir un accompagnement personnalisé et souhaitant atteindre les meilleurs standards internationaux de performance globale et de minimisation des risques. Polyvalente, cette Expert-Comptable Diplômée, Executive Business Coach Certifiée, vous accompagne à définir vos stratégies Business et Finances grâce à un accès digitalisé à ses services et conseils, ceci afin de maximiser vos succès et de vous faire gagner du Temps, de l’Énergie et de l’Argent, les 3 Piliers de l’Investissement. Experte des Chiffres, elle analyse les vôtres et vous explique leurs impacts, elle vous guide avec brio selon une méthode pragmatique alliant développement personnel et meilleures pratiques de Management. Passionnée par l’Associatif et par l’Entreprenariat des Jeunes, Marième les accompagne à travers son investissement bénévole dans différentes associations. Fondatrice du Centre des Jeunes Dirigeants – Sénégal, elle a été la première à organiser depuis 2012, avec une équipe engagée et soudée, la caravane Saga Africa, voyage original en bus de Dakar à Casablanca de Jeunes Entrepreneurs reprenant le chemin des caravanes commerciales africaines pour être présents sur l’une des plus grandes plateformes de rencontres d’Entrepreneurs Africains, le Hub Africa. Ce voyage a toujours représenté des moments très forts de solidarité et d’échanges mais aussi le moyen de montrer la résilience nécessaire à chaque Entrepreneur pour traverser le désert entrepreneurial, surmonter les obstacles et atteindre ses objectifs. Présidente de Réseau Entreprendre Dakar depuis 2017, elle accompagne et finance des projets d’entrepreneurs à fort impact sur l’emploi qui sont suivis pendant 3 ans par des chefs d’entreprises expérimentés pour développer et pérenniser leur activité. Épouse & mère, Ndeye Marième FALL milite pour un épanouissement des Femmes Africaines Professionnelles du Chiffre au sein de leur Profession combinant ainsi Vie Personnelle et Vie Professionnelle avec brio. Elle est disponible pour partager ses expériences personnelles en ce sens. Son credo : « Une vision qui ne s’accompagne pas d’actions n’est qu’un rêve, Une action qui ne découle pas d’une Vision, c’est du temps perdu ; Une vision accompagnée d’actions peut changer le Monde » (Nelson Mandela) Linkedin : https://www.linkedin.com/in/ndeye-marieme-fall-mane-876b073/ Email : marieme.fall@gandgcorp.com Website : www.gandgcorp.com

1 Comment

  1. Abou Dia 12 mai 2015
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    Article très intéressant.
    Pouvez-vous Me l’envoyer par mail svp.
    Merci d’avance